- Les « effets différés » des mouvements sociaux de 2003 à aujourd’hui.
En décembre 2010, ce sont 8 millions de travailleurs qui sont descendus dans la rue pour défendre leur système de retraite. 7 ans après 2003, la mobilisation restait intacte. La droite, obnubilée par les vieilles rengaines libérales, n’a pas compris que cet acharnement à abaisser le niveau des pensions ne lui serait pas pardonné et qu’elle en paierait le prix électoral, le moment venu. Tout comme elle n’a pas compris que le mépris à l’égard des travailleurs jetés au chômage par les amis du Président ne pouvait qu’heurter une République qui depuis 1946 met ses idéaux sociaux au même niveau que ses idéaux de Liberté, d’Égalité et de Fraternité. L’œuvre du conseil national de la Résistance est toujours au centre des débats politiques dans ce pays. Ce que Chirac avait compris avec « La fracture sociale » est totalement étranger au Président sortant qui n’a qu’une piètre culture politique.
- Le Parti socialiste, cette fois, a décidé de gagner.
Il n’est qu’à comparer les meetings de 2007 et ceux de 2012 pour s’en rendre compte. Alors que la Primaire citoyenne portait en elle les risques de la division, à peine le résultat connu, on a vu l’ensemble du Parti se mettre en ordre de campagne derrière le candidat. Un élan d’unité que nous n’avions pas connu depuis bien longtemps et qui a convaincu notre base électorale que le cycle défaitiste, en vigueur depuis 2002, était réellement dépassé. Voir Manuel Valls, transformé en maître de cérémonie, s’affairer à Dijon pour que tout soit réussi ne tient pas seulement de l’anecdote, cela révèle une vraie volonté collective de réussite, une vraie volonté de mettre de côté tout ce qui peut nous diviser pour privilégier ce qui nous réunit. Une vraie volonté de gagner.
La même volonté, au service de notre candidate en 2007, aurait même, peut-être, pu porter une dynamique de victoire. Au-delà de la candidate, c’est, avant tout, notre division qui a permis le succès du candidat du Fouquets’.
- La Gauche n’a jamais été aussi unie depuis 1981.
L’accord avec Europe Écologie Les Verts en est le premier révélateur, la plupart des militants d’EELV a compris que la victoire passerait, comme c’est toujours le cas, par l’unité des forces de gauche et subsidiairement qu’un nouvel échec dû à notre division scellerait la fin du mouvement écologiste. Par ailleurs, le Front de Gauche, grâce au talent politique de JL Mélenchon, est parvenu à fédérer l’ensemble de la Gauche radicale émiettée jusqu’à présent en quatre ou cinq chapelles. Cette dynamique porte en elle une augmentation nette du score de la Gauche au premier tour et la victoire au second car Jean-Luc sait parfaitement qu’il ne lui serait pas pardonné, par sa base, d’être responsable d’une défaite de son camp. Si le Parti Communiste des années soixante-dix pouvait se le permettre, lui ne le peut pas.
- Notre candidat est capable de rassembler.
François Hollande a cette capacité de conserver la dynamique unitaire parce qu’il connaît parfaitement les mécanismes politiques qui régissent les rapports de force à gauche. Il sait qu’il ne gagnera qu’à la condition de donner des gages de son ancrage à gauche. Ses soixante propositions, qui reprennent largement le « Projet socialiste », répondent aux aspirations des couches populaires même si bien sûr, celles-ci souhaiteraient qu’il aille plus loin. Mais, au total, elles se reconnaissent dans ces propositions qui clivent avec celles de la Droite. L’opposition sur les questions sociales est frontale et c’est tant mieux.
- Les programmes des différents candidats de la Gauche apportent de vraies réponses aux préoccupations des couches populaires.
On retrouve dans cette campagne le schéma classique. Les thèmes abordés par les candidats de gauche sont les mêmes : emploi, pouvoir d’achat, redistribution des richesses, justice fiscale, logement, égalité homme/femme, éducation, santé etc. Ce sont les grandes lignes de la fracture sociale de la société française. Ils sont classiquement également déclinés de façon plus ou moins radicale selon les sensibilités mais dans tous les cas les éléments de rupture avec le vécu des politiques suivies depuis 2002 sont manifestes. Comme le dit Gérard Filoche, « Avec la Gauche on n’a pas tout ce que l’on veut, mais avec la Droite on a tout ce que l’on ne veut pas. »
- Les mythes de la révolution libérale des années 80 sont à bout de souffle.
« Le marché, le marché vous dis-je ! »
Tu parles Charles ! Deux crises financières après, une multitude de plans de sauvetage plus loin, on en revient aux bonnes vielles recettes keynésiennes voire à une dose de protectionnisme, des États-Unis à l’ensemble de la planète sauf, exception notable, en Europe où les dogmes libéraux sont écrits en lettres de feu dans les traités. Les peuples grecs, portugais, espagnols… français mis à genoux n’en peuvent plus mais qu’à cela ne tienne, toujours plus de sang et de larmes et cela sans aucun résultat ni en matière d’emploi, ni en matière de croissance. Nous avons les deux meilleurs libéraux du monde : Angela et Nicolas qui imposent leurs vues aux autres qui n’ont pas les moyens de s’y opposer. Le peuple dégagera Nicolas en mai, le tour d’Angela viendra à l’automne.
- Le candidat sortant est honni jusque dans son camp et est devenu le symbole de l’augmentation des inégalités.
Parmi les conservateurs, nombreux, que compte notre pays, il en est de nombreux pour qui les notions de justice sociale représentent l’essence de notre République. Ceux-là ne se reconnaissent pas dans un président qui ne se mêle qu’aux riches. Giscard, l’aristocrate, l’avait compris en son temps et maladroitement mis en œuvre avec ses dîners chez l’ouvrier ou ses récitals d’accordéon. Plus sérieusement, l’électorat ouvrier de droite qui votait pour l’UNR lors des trente glorieuses pouvait y retrouver son compte, ce n’est plus le cas avec l’UMP de 2012. C’est bien pour cela que lorsque la Gauche est crédible, en matière sociale, comme en 1997, avec Lionel Jospin, elle l’emporte. Alors que lorsqu’elle vacille sur ses fondements idéologiques, comme avec Lionel Jospin en 2002, elle perd.
- Il a, en outre, fortement heurté les consciences républicaines.
Ce sont encore et toujours les idées qui gouvernent le monde et particulièrement la France pays où le peuple est accroché à la politique comme nulle part ailleurs, sauf peut-être le Sénégal. A Latran, en glorifiant le curé aux dépens de l’instituteur, le candidat sortant a pris tous les républicains à rebrousse poil. Il a heurté les consciences républicaines qui sont consubstantielles à notre République. A Dakar, il a rompu, par l’affichage de son mépris, de sa condescendance vis-à-vis du peuple africain ce lien historique qui nous unit à l’Afrique, dans une relation certes ambiguë, depuis si longtemps. Il a profondément troublé son propre camp ou pour le moins la partie humaniste de celui-ci.
- La droite est divisée et n’affiche qu’une unité de façade.
Ils sont tous en embuscade, Juppé qui n’a pas vraiment renoncé, Coppé qui attend son heure, Borloo qui ne se rallie qu’à contrecœur, le Centre de Bayrou qui ne sait comment exister entre deux échéances présidentielles et l’extrême droite qui refuse de se fondre dans la majorité mais peine à affirmer sa différence tant elle se comporte en roue de secours du capitalisme comme à son habitude. Au total, l’attelage est hétéroclite et cela se voit… trop. Et cela porte la défaite comme la nuée porte l’orage qui s’abattra sur eux le 6 mai prochain.
- Comme le disent les meilleurs amis du candidat sortant : la Gauche a perdu en 2002 et 2007, elle ne peut pas perdre à tous les coups.







